Un exemple de suivi en ergothérapie : Antoine

Peu de parents, d’enseignants, et parfois même de paramédicaux, savent en quoi consiste le suivi en ergothérapie.

Voici donc un exemple : celui d’Antoine, vu de la mi-CM1 à la mi-CM2.
Au bilan, il présentait une dysgraphie et une dysorthographie.

 

Antoine avant rééducation :

Il ne connaissait pas bien la gestuelle de toutes les lettres, notamment des majuscules. Il devait les rechercher en mémoire, et ne les retrouvait pas toutes. Certaines étaient mal réalisées.

Panneau dangerCela est beaucoup plus fréquent qu’on ne le croit
au delà de l’âge habituel de l’apprentissage de l’écriture, en CM et au collège 🙁 !!

Il avait du mal à avoir une écriture soignée. Le problème n’était pas tant l’esthétique, mais surtout le manque d’aisance.

ecriture antoine avant

Il faisait beaucoup de fautes d’orthographe, tant à la copie qu’à la dictée. A savoir que les mécanismes mis en œuvre ne sont pas les mêmes dans les deux cas :

A la copie, il faisait de nombreux va-et-vient au modèle, ne retenant que peu d’éléments à la fois, il faisait de nombreux oublis/inversions de lettres (cf mot Galibier dans l’exemple ci-dessus), et il avait du mal à se retrouver dans le texte à copier. A la dictée, il ne savait où porter son attention, et faisait des erreurs de segmentation de mots, des erreurs lexicales, des erreurs d’accord…

Enfin, point important : il avait une très mauvaise image de lui. Il rechignait à se mettre au travail, pour ne pas être confronté à ses difficultés. Il faisait l’autruche !! Et il pleurait souvent…

 

Antoine après rééducation :

Écriture à la copie :

ecriture antoine

L’écriture est liée, calibrée, régulière, et surtout aisée. Écrire ne lui demande plus d’efforts, et ne le stresse plus.

Écriture à la dictée :

ecriture antoine à la dictée après

Quelques erreurs au 1er jet, repérées pour la plupart à la relecture avec l’aide du pense-bête de Lutin Bazar :

Affiche Je me relis de lutinbazar

 

 

 

 

 

 

 

 

De quelle rééducation a bénéficié Antoine ?

# Étape 1 : L’écriture

Le premier travail réalisé a porté sur :

  • L’automatisation de la gestuelle des lettres

Par observation/imitation du geste de l’adulte, et réalisation sur grande surface par grands gestes, les yeux fermés.

écrire au tableau
Former les lettres sur un tableau noir avec une craie est l’idéal.

La craie offre une résistance sur le tableau, et intensifie de ce fait les sensations de contractions musculaires pendant le geste.

 

Une aide a été demandée à la famille à cette étape. En effet, une séance d’ergothérapie par semaine ne suffit pas. Il est important de répéter par petites séquences, selon le principe de la répétition espacée :

Si on revoit une notion, elle est réactivée en mémoire, elle n'est pas perdue.

Ce n’est pas la peine de le faire longtemps, mais plutôt souvent, et il est préférable de ne pas arrêter pendant les vacances. Un lien par mails permettait de se coordonner.

  • La pose des lettres sur la ligne de base

Il fallait ensuite réussir à bien poser les lettres sur une ligne, et maîtriser ce geste sans plus d’effort. A cette étape, il ne faut pas utiliser des feuilles classiques, mais tracer des lignes sur une feuille blanche.

pose de lettres sur une ligne

Pas si facile de poser une lettre sur la ligne et de croiser au bon endroit !! Il faut parfois plusieurs essais pour y arriver…

Un travail sur la précision oculo-manuelle peut être nécessaire en parallèle.

Exemple d’exercice que les enfants apprécient bien : tracer une arabesque avec un stylo encre, et demander de la rendre invisible avec un effaceur.

arabesques

 

 

 

 

  • Le calibrage fin

Il s’agit d’apprendre à calibrer ce qu’on appelle les lettres troncs (aceimnosuvwx) entre deux lignes, ainsi qu’à faire monter les lettres hautes au-dessus, et faire descendre les lettres basses en dessous. Ici en traçant 2 lignes sur feuille blanche.

écriture entre deux lignes

 

 

 

Pour Antoine, il n’a pas été nécessaire de tracer des lignes très espacées pour commencer et de les resserrer au fur et à mesure, mais pour certains enfants, qui ont tendance à faire des lettres très grandes, cela est nécessaire.

  • Les liaisons entre les lettres

Certaines liaisons sont plus difficiles que d’autres, car elles font décaler les lettres. Exemple : pour be, le e se retrouve au dessus. Il faut parfois les voir individuellement.

 

Tout ce travail sur le geste d’écriture a permis de dégager Antoine de la part attentionnelle consacrée à cette tâche. Il pouvait désormais se consacrer au contenu, ainsi qu’à l’orthographe.

 

# Étape 2 : L’orthographe

Une deuxième phase dans la rééducation, portant plus sur les compétences cognitives nécessaires à l’acquisition de l’orthographe, a ensuite été entreprise :

  • La prise d’indices visuels et la mémorisation en modalité visuelle

Antoine ne regardait pas suffisamment longtemps pour avoir un mémorisation fiable. Et il avait un perte d’information entre la pose du regard sur le mot à copier et le mot finalement copié.

La qualité de la prise d’informations visuelles a été travaillées par le jeu.

Exemple d’exercices :

formes de couleur à mémoriser

 

Visualiser une série de formes, la mémoriser et la reproduire.
3 formes pour commencer, puis 4, 5…

Inexacte !

 

S’il échoue, l’enfant va de lui-même augmenter son temps et sa qualité de prise d’indices la fois suivante.

Pour finir et faire le lien avec le scolaire, reproduire brièvement l’exercice avec des lettres. C’est déjà beaucoup plus facile !

  • Les astuces de mémorisation

– Les moyens mnémotechniques :

Pour les mots irréguliers, un travail a été fait pour apprendre à regarder plus intensément la difficulté particulière ainsi qu’à chercher soi-même des moyens mnémotechniques :

Qu’est-ce qui va me poser problème dans ce mot ?
Comment vais-je pouvoir m’en souvenir ?

Dessin permettant de se rappeler du y de pyjama
Le côté ludique lui a permis
de reprendre goût aux mots,
lui qui était plutôt dans la fuite…

 

de « Orthographe illustré »/S. Valdois

– La classification :

Antoine avait du mal à catégoriser les règles d’orthographe, ainsi qu’à créer dans sa tête des chemins pour retrouver les informations. En gros, à se faire des tiroirs dans sa tête, et à ouvrir le bon tiroir au bon moment. Des pistes lui ont été fournies pour qu’il en comprenne le fonctionnement.

  • La mémoire visuo-spatiale

Pour copier un texte efficacement, il faut être capable de bien saisir le mot à copier et de bien le garder en mémoire le temps de l’écrire, mais aussi de revenir au bon endroit dans le texte à copier pour saisir le mot suivant. Antoine avait du mal à se retrouver. Il perdait non seulement du temps, mais perdait aussi le sens du texte !

Voici quelques idées d’exercices pour travailler ce type de mémoire :

exercice memoire visuospatiale

 

Positionner un/des éléments sur la grille, montrer quelques secondes, cacher.
L’enfant doit reproduire sur sa grille.

 

Exacte !

 

Autre exercice :
Matériel : une plaque semi-translucide et 2 lampes
A travers la plaque, allumer une lampe, puis l’éteindre.
L’enfant doit allumer sa lampe au même endroit.
Rallumer pour vérifier.
Pour doser le degré de difficulté : avec quadrillage puis sans, en direct puis en différé, en ayant fait quelque chose entre temps, pour coller plus à la situation réelle, puisque quand on copie, on regarde le texte, on écrit et on revient…

 

En conclusion :

Le suivi d’Antoine a été tardif : en CM1/CM2. Il est préférable de démarrer plus tôt. Il a tout de même réussi à progresser. Bravo à lui 🙂  !! Il peut en être fier, et retrouver une bonne estime de lui  😉 !

diplôme

38 séances de 45 mn ont été nécessaires, réparties comme suit :

  • 15 pour l’apprentissage de la gestuelle des lettres, le maintien sur la ligne de base et le calibrage
  • 15 pour l’orthographe : prise d’indices visuels, mémorisation visuelle, moyens mnémotechniques et classification
  • 8 pour la mémorisation visuo-spatiale

Ces chiffres ne sont qu’indicatifs, puisque plusieurs points ont pu être travaillés dans une même séance.

Antoine a bénéficié de pauses durant toutes les vacances.

5 Replies to “Un exemple de suivi en ergothérapie : Antoine”

  1. Quand je lis cela je garde espoir pour mon garçon et cela me redonne confiance. Espérons avoir les mêmes résultats. En tout cas bravo à Antoine, et bien sûr à vous aussi.

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